le tango se corse

El Diario del vecino Marc Tommasi

29 novembre 2006

Le Rulo

Hier, Gustavo Naveira et Giselle, ont donné leur ultime classe de l'année dans la Papelera de San Telmo. Pour l'occasion, quelques profs de renom étaient venus le supporter comme Ernesto Balmaceda ou Cecilia Gonzalez. Gustavo,  très élégant, pantalon et chaussures couleur "beurre frais", nous a fait un cours sur le Rulo. Il s'agit d'une fioriture assez antique qu'il fait à merveille et qui porte vraiment la marque de ces pas qui ont été un peu vite noyés par les figures du tango nuevo (colgadas, volcadas, soltadas, tomadas, piernazos et compagnie). J'ai été très ému de le voir faire et refaire ce pas avec une perfection presque irréelle. Comme hypnotisé même. La dynamique de ce petit pivot avec son enroulement du talon est un drame Shakespearien à lui tout seul.  A la fin, sous la pression de l'audience, Gustavo et Giselle nous font un tanguito sur un Di Sarli comme il faut. Une fois terminé, je ne peux pas m'empêcher de penser que ce genre de moment est précieux.  Voir un maestro en pleine possession de ses moyens, dans la maturité de son art.

Posté par marc tommasi à 05:14 - Messages sur le Tango - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


28 novembre 2006

Mano A Mano

2006_11_28_ManoAMano

Posté par marc tommasi à 17:05 - Messages sur le Tango - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 novembre 2006

Le communisme harmonique de Pugliese

Dans une biographie d’Osvaldo Pugliese, lue ce week-end, j’ai appris que son orchestre a débuté en 1939 et qu’il a travaillé 4 ans avec au chant Amadeo Mandarino, mais qu’il n’a rien enregistré de cette époque et que ces trésors sont à jamais perdus. Surtout, il y a une très intéressante analyse du style de composition du maestro. Pugliese était un communiste convaincu et il s’est toujours rangé du côté des damnés de la terre. Il œuvra aussi pour créer un syndicat de musiciens et eut maille à partir avec la justice de nombreuses fois. Son intransigeance le conduisit jusqu’en prison. Ce communautarisme politique s’est exprimé directement dans le travail d’arrangement qui était le fruit de sessions où chaque instrumentiste avait la liberté d’intervenir et de modifier ce qui était écrit par l’arrangeur. D’où cette caractéristique de son orchestre où tous les instruments se répondent à égalité de voix (le jeux de question-réponse dans l’intro de  Emancipacion par exemple ou ce passage très communautaire de El_Andariego). Ceci expliquerait aussi les modifications de tempo qui naissaient de l’écoute réciproque, de l’attente et des anticipations de chacun.
Une chose très importante lui est restée de son père, lui aussi directeur mais amateur d’orchestre de tango : “Regarde les pieds des danseurs, s’ils ne te suivent pas , c’est toi qui te trompes !”

Le livre en question, avec une iconographie très riche, est le volume 2 de “Tango de coleccion : Osvaldo Pugliese”. Il peut se trouver à 9 $ chez les bouquinistes de la rue Corrientes (vers les 1300). Et il contient un CD de 20 titres !

Posté par marc tommasi à 19:04 - Messages sur le Tango - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 novembre 2006

Interview de Gustavo Naveira

Pour le prochain numéro de la revue Tout Tango j'ai interviewé Gustavo Naveira dans sa maison de San Telmo. Il a parlé du futur du tango, de l'enseignement, de son parcours dans la danse et du couple qu'il forme avec Giselle. C'est vraiment très interessant. Ne la manquez pas !

Posté par marc tommasi à 17:58 - Messages sur le Tango - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 novembre 2006

Haute saison

L’afflux massif des touristes début novembre a modifié le paysage des milongas et des classes de tango. Des couples se plantent au milieu de la piste en dansant la totalité de la cortina (quelle qu’elle soit) en tango par exemple. De dignes femmes d’âge mûr sont accompagnées de leur jeune et fringant taxi-boy. On constate une nette augmentation de la consommation des bouteilles de Champú (ersatz de Champagne, mais qui se rapproche tout de même plus du shampoing). Fleurissent des grappes de jeunes filles parées de leurs plus belles robes acquises l’après-midi même dans les boutiques chics de Palermo. (Il faut dire qu’à Buenos Aires, s’habiller chic pour les milongas est nettement en perte de vitesse). Il est courant que votre partenaire s’exprime directement en anglais sans se soucier de savoir si vous maîtriser cette langue. C’est la saison du saumon, qui circule en remontant le courant du bal. On assiste à une recrudescence de robes rouges. Des hommes portent des chapeaux. Le catogan, quelle que soit la masse capillaire, devient majoritaire. Les invitations à danser se font de plus en plus à la table voire carrément en tapant sur l’épaule. Certains nouveaux prénoms masculins font leur apparition comme Sergueïo ou Frederico. Entre deux tangos, les hommes utilisent tous la même formule magique  : Como-te-llamas-de-donde-sos-cuanto-tiempo-te-quedas. Les classes se donnent pour moitié en anglais. Il y a tout de même des bons côtés ; les touristes sont très enthousiastes et refusent rarement une invitation, ce qui n’est pas du tout le cas des portègnes (peut-être à cause des touristes d’ailleurs).

Posté par marc tommasi à 17:53 - Messages sur le Tango - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 novembre 2006

Justice Poétique

AMERICANstyle


Barbara Bush, la fille de son père,
s’est fait chouré son sac alors qu’elle dînait
incognito sur une Place de San Telmo.

Il est à craindre que San Telmo
s’aligne désormais sur l’axe du mal,
que l’on trouve des preuves irréfutables
de l’existence d’armes
de destructions massives
(antiques forcement) dans les
boutiques de Balcarce,
Bush_no_visitaque des frappes chirurgicales

rayent la Plaza Dorrego de la carte,
que la communauté internationale
s’indigne et proteste vivement
tout en laissant faire,
que des lieux de tortures à peine lavés
de l’ancienne dictature reprennent
leur fonction logique
dans les sous-sols
du quartier, que des milliers
de civils innocents meurent
d'une balle dans le buffet au lieu
bush_la_concha_de_tu_madrede mourir de faim et que des blindés
tressautent dans
les sympathiques rues pavées
pour rétablir un gouvernement
de justice, de bombes à fragmentation
et de paix.

Posté par marc tommasi à 16:11 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 novembre 2006

Borges et le tango

Borges a entretenu une relation complexe avec le tango. Il a toujours avoué lui préférer la milonga.
Il en a pourtant co-écrit avec Piazzolla (dont le très beau El tango). Cette dimension paradoxale fait totalement partie de ce personnage qui a extrait de lui-même une infinité de personnages de fictions qui recristallisés s’approchent peut-être du vrai Borges. Dans l’essai que Adolfo Bioy Casares lui consacre émergent quelques titres, d’un snobisme certain, qu’il dit aimer. Souvent des œuvres apparemment mineures et oubliées comme El cuzquito, El 13, Independencia, Muela careada ou Don Esteban. Quant aux chanteurs, Gardel ne trouvait pas grâce à ses yeux (“C’est un cycliste qui s’éloigne rapidement en faisant un signe de la main !”). Il lui préférait Jorge Vidal qui signa de sa voix des tangazos avec l’orchestre de Pugliese (Testamento de Arrabal, Puente Alsina par exemple). Il témoigne d’un chauvinisme certain quand il qualifie de “sommet littéraire” des textes de Contursi comme Ivette ou Flor de Fango. (tout en d’un autre côté fustigeant Le Faust de Goethe !). Toujours, élégamment à contre-courant, Borges préfère aux orchestres des années 60 la formation Los Muchachos de Antes (un très bon trio clarinette, contrebasse et guitare animé par d’anciens jazzmen en crise) qu’il qualifiait “d’orchestre d’hirondelles” !.

Posté par marc tommasi à 03:53 - Messages sur le Tango - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 novembre 2006

Deux Maestros

Le séminaire de Chicho et Lucia suit son cours infernal vers des expérimentations de plus en plus audacieuses. Et encore j’avais pris le niveau intermédiaire où l’on a tout de même fait des colgadas avec la partenaire dans le dos. Je n’imagine pas ce que doit être le niveau avancé. À l’issue de la classe, Chicho a fait un émouvant et surprenant discours sur l’évolution du rapport homme-femme dans le tango.  Pour lui, le tango a évolué en donnant un rôle de plus en plus important à la femme. Par le passé, elle devait seulement se plier à la proposition de l’homme. Désormais, les rôles se sont symétrisés et pour parvenir à exécuter ces séquences complexes, l’homme doit être extrêmement attentif aux mouvements de l’autre et finalement la suivre lui aussi.

On m’avait dit que le classe de Gustavo avait changé, qu’il avait opté pour un retour vers un enseignement des fondamentaux du tango. D’ailleurs, La pub pour sa classe est du genre « les bases du tango … mais à fond ». Pourtant hier soir, c’était comme avant : une séquence bien dense et bien retorse à faire dans les 8 mesures d’une phrase musicale.  Lui aussi, à la fin de la classe s’est fendu d’un discours plutôt surprenant.
L’apprentissage du tango est au final ralenti si l’on décide de décomposer les difficultés. Celui qui avance pas à pas, affine la réalisation de tel ou tel pas mais au final, perdra du temps par rapport à celui qui affronte d’emblée le package complet de la complexité. Car pour ce dernier, ces pas qui sortent mal au début vont s’éclairer au fil du temps. Peut-être un mois ou un an après, un verrou va sauter et permettre de comprendre comment fonctionne telle ou telle séquence. Le process sera plus chaotique mais plus efficace.

Le soir même, Giselle Anne et Gustavo donnaient une démonstration dans la milonga Bien Pulenta. Le lieu est vraiment merveilleux, mais la milonga a mauvaise réputation. Il est difficile de circuler parmi les tables, l’éclairage est trop intense et mal distribué et les serveurs ont ces faux accoutrements criollos ridicules d’endroit à touristes. En ouverture de rideau, Meredith Klein et Andrés Amarillo, font deux tangos plutôt sympas. Ils ont le mérite de définir une sorte de référence de qualité pour ce qui va venir après.
Un très bon danseur vous bluffe avec une ou deux séquence compliquées bien exécutée. Un maestro vous bluffe lorsqu’il fait un simple pas.
Les pas de marche de Gustavo et Giselle sont des merveilles et l’on voudrait que le temps s’arrête pour mieux les déguster. Ils portent le poids du tango dans toute sa dimension historique. Gustavo a une musicalité hors gabarit. Il ménage des suspensions d’une intensité qui donne le frisson. Il mélange dans le même tango, l’antique et l’ultramoderne. Au beau milieu d’une séquence de sacadas  infernales, il reprend l’abrazo fermé pour vous faire une caminada re-milonguero qui vous décroche la mâchoire. En plus, hier soir ils étaient en forme.

Posté par marc tommasi à 20:31 - Messages sur le Tango - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 novembre 2006

Drumming

2006_11_15_Drumming

Pour échapper à la monomanie du Tango à Buenos Aires, les propositions artistiques de qualité sont nombreuses. Ainsi le cycle Musica contemporeana offre une palette large et pointue de concerts avec ce qui se fait de mieux en matière d’interprétation. C’était l’occasion d’écouter une œuvre rarissime de Steve Reich Drumming pour 4 bongos, 3 marimbas, 4 glockenspiels et 2 voix.
Reich réussit ce miracle de produire une musique aussi pure et organique que la pluie.

Posté par marc tommasi à 18:57 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 novembre 2006

TangoBrujo à Canning

Il ne faudrait pas croire que chaque fois que je vais à Canning, je me bourre la gueule. Seulement voilà ça s’est encore produit hier soir. Et tout ça de manière très naturelle, ma foi. Attirés par la présentation de TangoBrujo l’école dirigée par Gaston Torelli, nous voilà, un petit groupe, à minuit après une étouffante pratique à Villa Malcolm. J’avais déjà oublié comment c’était les pratiques non climatisées quand dehors il fait 30, avec ces gros ventilateurs aux quatre coins qui découpent en tranches un air humide et chaud et qui vous les renvoient dans le cou. Canning est, lui avec un peu d’avance, déjà bourré.  A l’entrée, je retrouve un ami de longue date. On ne s’était pas vu depuis un bail. Il me dit qu’il ne peut se libérer avant 1 h 30, parce qu’il a un engagement de taxi boy pour la soirée. Ça consiste à faire danser une Américaine sur ses deux jambes et à lui tailler une petite bavette durant la première partie de soirée. Tout ça pour 20 dollars. C’est pas cher payé.
L’heure du turf, passée, on commence à siffloter gentiment des flûtes de Champán tout en évoquant notre récent passé. Il vient d’avoir sa première Dan d’Aïkido après un examen particulièrement éprouvant. Une première dan, ça se fête. Et puis c’est vrai que chaque fois que l’on se croise on a tendance à célébrer le bon vieux temps à coup de perniflards.
Pendant ce temps, au centre de la piste s’installent le chanteur El Chino Laborde et son Guitariste. Ils font des tangos intimistes et douloureux comme Antiguo reloj de cobre ou le sublime Destellos (qui parle justement d’un amant désespéré qui veut confondre la bouche de son amour perdu avec celle de sa coupe champagne). Techniquement parfait, mais ça ne m’a pas donné le frisson. En général, quand les tangos m’émeuvent vraiment, j’ai la chair de poule ou les larmes me montent aux yeux. Peut-être pas assez fragile ou bien c’était moi. Les danseurs de Tango brujo sont bons en particulier Gaston et Mariela, mais leur besoin de démonstration va à contresens de ses tangos si profondément sombres.  La salle se vide peu à peu à l’inverse de nous.

Posté par marc tommasi à 18:57 - Messages sur le Tango - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2   Page suivante »