Rodolfo Dinzel est un personnage clef du tango argentin. Après avoir participé à la résurrection de l’ange tango par l’entremise du spectacle Tango Argentino,  qui en fut le grand défibrillateur, il fonda une école qui forme encore aujourd’hui des professeurs et qui comptent ses adeptes acharnés. Rodolfo Dinzel est un homme d’esprit et d’expérience qui voit le tango au travers du prisme de la philosophie, de la psychanalyse, de la danse classique et de bien d’autres choses encore. Il a édité en 1999, un livre sur le tango : El Tango, una danza. (Esa ansiosa búsqueda de la libertad). Voir danser Los Dinzel ne m’avait pas donné une envie folle de lire le livre. Et pourtant c’est vraiment un ouvrage passionnant, voire une somme indispensable au tanguero qui s’interroge sur sa danse.
Sa thèse principale est que le tango ne se définit pas par la structure de ses pas mais par sa manière. Donc le livre s’attache à dégager les différents éléments qui métamorphosent cette marche à deux en quelque chose de plus digne, de plus profond : le tango.
Il définit, avec une rigueur obsessionnelle toute portègne, une orthodoxie du tango qui se pose vraiment comme un jalon à partir duquel toutes les expérimentations sont possibles mais toujours aimantées par le noyau dur de ses principes.
Le tango s’est beaucoup développé ces temps-ci. Dans les lieux où éclosent ses derniers bourgeonnements, un coup d’œil suffit, pour déterminer qui danse bien ou pas. Et ça ne se fait sûrement pas sur une séquence de pas ou une colgada bien menée. Non, ce qui fait le tango se voit immédiatement et pourtant il est assez difficile de définir finement ses constituants fondamentaux.
Rodolfo Dinzel prend le problème à bras le corps et part vraiment de concepts biomécaniques primaires qui entrent profondément dans le détail anatomique où la tension musculaire ou le positionnement du squelette sont passés au crible.
Un chapitre entier est consacré à l’abrazo et constitue vraiment une mine d’or pour les professeurs de tous les styles.
D’autres concepts clefs sont évoqués. Le couple évolue par un cylindre qui se déplace sans se déformer. La partie supérieure à partir des anches est la partie dramatique et il n’y a pas d’invasion du l’un vers l’aure, la partie inférieure est nommée expressive et suppose l’invasion réciproque de l’espace de l’autre.
La partie supérieure est soumise au principe de « Flottaison ». Ce principe fondamental, analysé à fond, est en dernier ressort, ce qui donne la tournure tango à un déplacement. Une fois ce concept lumineux énoncé, il devient évident de repérer ceux qui dans la milonga flottent et ceux qui cahotent.
Au fur et à mesure que le livre avance les propositions se font plus ésotériques pour parvenir à un chapitre de philosophie pure qui donne son nom au livre.
Le livre est bien argentin c’est-à-dire profondément paradoxal. Il associe un souci d’analyse quasi maniaque à une mise en page totalement bordélique et à des dessins qui ont le charme de la poésie mais qui parfois font vraiment misérable.
Il semble que le livre ait été édité en français. En tous les cas tous ceux qui pratiquent l’espagnol doivent s’urgence se le procurer.

Rodolfo Dinzel
El Tango, una danza.
(Esa Ansiosa Busqueda de la Libertad )

Edition Corregidor, 1999