2007_06_07_clasitira

- Nous avons deux enquêtes qui coincident. L'INDEC dit que l'inflation a été de 0,4 %
- Incroyable ! Et avec laquelle elle coincide ?
- Avec celle de la crédibilité. 0,4 % des gens y ont cru !

L’I.N.D.E.C. (Instituto Nacional de Estadística y Censos) est l’organisme officiel argentin chargé de mesurer par des méthodes statistiques l’activité du pays. Il fournit à peu près toutes les données macro de l’Argentine. Or depuis quelques temps, et après plusieurs scandales, son indice de confiance est au plus bas. Il est devenu de plus en plus évident que les chiffres sont manipulés, notamment celui de l’inflation outrageusement sous-évalué pour la plupart des observateurs.
Cela peut sembler une manière puérile d’agir. Mais il se trouve que l’enjeu est extrêmement important pour l’Argentine. L’inflation se trouve au centre d’un nœud extrêmement complexe qui met en jeu les grands pôles économiques du pays. Par ailleurs, elle porte l’ombre d’une période d’hyper-inflation (année 80) de sinistre mémoire.
Evidemment il s’agit là d’un débat d’expert, très pointus et donnant lieu à des querelles de chiffres sans fin. Mais enfin, voici quelques faits et puis, si on ne devait jamais s’occuper de ce qui nous dépasse, la vie serait bien triste.

-    l’inflation a été mesurée par l’indec pour l’année 2006 à 9,8 %.

-    Ce chiffre est obtenu en sélectionnant un panier de produits de base sur lesquels le gouvernement a passé des accords avec les producteurs et distributeurs. Ainsi, on ne peut rien dire des prix en dehors de ce panier.

-    La inflation mesurée par d’autres observateurs (medias par exemple) est autour de 20 %.

-    L’inflation est liée à la politique du dollar fort qu’impose Kirchner. En effet pour maintenir, le dollar haut, la Banque centrale Argentine achète tous les jours des millions de dollars (la réserve totale actuelle est de 41 000 millions de dollars) et pour cela imprime des pesos. Le volume global de peso augmentant, la valeur intrinsèque du peso diminue et les prix augmentent.

-    L’état a grand intérêt à faire croire à une inflation basse.
D’une part parce que l’inflation est un des critères importants qui mesure le « risque du pays ». Un risque faible entraîne des investissements importants. Et un retrait massif de l’argent étranger conduirait quasi inexorablement à une nouvelle crise.
D’autre part, parce qu’une grande partie de la dette Argentine est constituée de bons indexés sur l’inflation (50 000 millions de dollars). Or un point d’inflation correspond à 500 millions de dollars à payer aux investisseurs en plus. Argent qui sort là encore avec des pesos de la planche à billet.

-    Du point de vue des salariés. Si l’inflation est sous-évaluée, les entreprises revalorisent moins les salaires et l’économie globale fonctionne mieux (au vue de critère macro). Par contre les salariés eux se paupérisent et du coup ils consomment moins.

Enfin, ¡ qué sé yo ! Tout cela est bien compliqué, mais il faut bien avoir des arguments pour nourrir une bonne discussion polémique… dans une milonga par exemple.