28 juin 2007
La douce tristesse de Raúl Berón
Voilà 25 ans, Raúl Berón s’est tu à jamais.
Le 28 juin 1982, sa voix rejoignait le ciel auquel au fond elle avait depuis toujours appartenu.
Issu d’une famille de folkloristes de Zarate, le père joue de la guitare et avec ses 4 frères, il forme le groupe Los Porteñitos.
A 19 ans, il est présenté à Miguel Caló. L’anecdote est assez célèbre. Á l’ami qui le présente, il lance « Dis à ton ami de continuer à chanter des chacareras à Achalay. Moi, j’ai besoin d’un chanteur de tangos pas d’un folkloriste ».
Pourtant, Caló su exploiter le lien profond de cette voix avec la musique criolla, avec son sens de l’ornementation et la naturalité de sa grandiloquence.
Berón, un baryton qui visitait les territoires du ténor, avait une voix plus obscure que Gardel. Il savait planer au dessus des mélodies en subtilisant parfois leurs rythmes.
Berón n’a jamais formé un couple inséparable avec un orchestre comme Ángel Vargas et d’Agostino ou Echagüe et d’Arienzo. Il navigua avec Caló bien sûr mais aussi avec Demare, Francini-Pontier et Troilo. A chaque fois il laisse l'empreinte de sa voix inimitable, une voix qui maquille le bonheur de retenir ses larmes.
Ce post est inspiré par cet article du clarin
En hommage, un classique des milongas Que solo estoy accompagné par l'orchestre de Lucio Demare :
26 juin 2007
ça fait combien en tout ?
Tout le monde sait qu’il y a, à Buenos Aires, ENORMEMENT de milongas, que l’on peut y danser BEAUCOUP, qu’il y a chaque soir UN CHOIX IMPRESSIONNANT de milongas. Et que l’on peut voir DES TAS de spectacles pour touristes si l’on a l’humeur de claquer 300 mangos. Mais il reste difficile de quantifier tout ça. Beaucoup de lieux de tangos fonctionnent de manière confidentielle comme les milongas de barrio, d’autres lieux plus orientés vers le tourisme et la captation rapide de devises ne font même pas de pub dans El tangauta !
L’observatoire du sous-secrétariat des industries culturelles les a compté.
Il y a en tout 130 milongas et 40 casas de tangos (restaurant avec spectacles pour touristes).
Soit une moyenne de 18,57 milongas tous les soirs !
23 juin 2007
Confiteria del molino
Buenos Aires regorge de trésors mais ils sont parfois enfouis profond. Le destin de la Confitería del Molino conte la vraie histoire Portègne. La petite, celle des magouilles et des malversations et la grande, celle qui remonte aux fastes de la fin du XIX ième siècle.
En 1821, un Italien, Constantino Rossi ouvre au coin des rues Rivadavia et Rodríguez Peña la confitería del Molino baptisée ainsi parce qu’à 150 m se trouvait le moulin Lorea.
En 1886, elle est rachetée par le pâtissier Brenna créateur de classique portègne. Brenna déménage la confiserie à Rivadavia 1801, rachète le local attenant et contracte en 1915 l’architecte Gianotti pour unir les deux commerces et réaliser une œuvre d’envergure.
L’édifice est déclaré Monument historique en 1997.
Au même moment le panneau « fermé pour congés » promettant la réouverture dans trois semaines, s’affiche sur la vitrine du magasin. Les employés sont congédiés pour de bon et les rideaux du magasin restent fermés jusqu’en 2004.
En 2004, la ville octroie au propriétaire le groupe Ropabren un subside de $80 000.
La Confitería ré-ouvre …pour 10 jours ! le temps d’un festival culturel.
Depuis, ce joyau de la culture portègne reste obstinément fermé. Le statut de monument historique ne suffit pas à la préemption de l’édifice par l’état, Il faut qu’il soit classé « d’utilité publique » et de cela le sénat débat depuis dix ans… sans effet.
A l'intérieur deux magnifiques salons pourraient servir de cadre à de grandioses milongas.
21 juin 2007
Salon Dorado
La ville a ouvert un nouvel espace culturel Avenida de Mayo al 575. Il s’agit d’une médiathèque regroupant des documents sur Buenos Aires : des livres anciens, des cartes, mais aussi pas mal de vidéos de tango antiques. J'y reviendrais, mais ce lieu recèle le trésor du salon doré. Une immense pièce de style baroque débordant de colonnes, d’enluminures, de ciels, d’angelots jouant du luth, de ces fameux luminaires « araignées » qui font normalement saliver les touristes et bien sûr d'or fin. Toutes les semaines, il y a des concerts gratuits, tantôt de musique classique (le théâtre Colón est fermé pour travaux pour deux ans !), tantôt de tango. Aujourd’hui, se donne un concert de l’orchestre école fondé par Emilio Balcarce et conduit maintenant par Nestor Marconi. Au passage, il est possible de se procurer le documentaire Si sos Brujo (si tu es sorcier) qui retrace son histoire et ses débuts. Cet orchestre a pour mission de transmettre le savoir des musiciens, en voie d’instinction, qui ont participé aux grands orchestres typiques des années 40 et 50, aux jeunes musiciens des conservatoires. Le répertoire est formé de tangos classiques avec un respect scrupuleux des arrangements originaux de tous les styles et d’œuvres nouvelles au gré des musiciens invités.
La formation de 5 bandoneons, 5 violons, 1 alto, un violoncelle, une contrebasse, un piano est capable de sonner comme du Di Sarli, comme du Pugliese ou comme du Troilo et c’est ce qui en rend l’écoute si troublante. Les versions de Organito de la Tarde de Di Sarli ou de Nostálgico d‘Aníbal Troilo s’écoute avec une finesse qu’aucun enregistrement ne peut reproduire. La masse voluptueuse des cordes de Di Sarli fait entendre une incroyable richesse harmonique. Quant au Troilo c’est un véritable ronron de Rolls Royce. Dans le salon doré, la musique, purement acoustique, donne une idée de ce qu’on pu ressentir les danseurs des années 40 à leur écoute. Notamment il paraît évident que l’amplification (et donc l’enregistrement) transforme la dynamique de la musique (la différence entre les pianissimos et les fortissimos). La perception de la douceur et de la respiration d’un solo d’instrument contraste violemment avec les bourrasques de tutti d’orchestre. Il m’a paru évident que l’on ne pouvait pas danser de la même manière sur une telle musique si l’on souhaitait respecter ses nuances de volume. Sur les enregistrements que nous connaissons, un instrument seul ou bien la voix sonne aussi fort qu’un orchestre tout entier. Les arrangeurs de l’époque doublaient ou triplaient les instruments suivant l’intensité qu’ils souhaitaient. Ils disposaient d’une palette sonore identique mais ils avaient les moyens de mieux l’utiliser. Et il apparaît que la course au toujours plus fort se poursuit aujourd’hui dans la musique electro qui, elle, égalise tout au niveau maximal. Plus de sensations, moins de finesse ...
Dans l’effeuillage des orchestres dans l’orchestre, celui de d’Arienzo fut pour moi le plus puissant. Question de goût sûrement mais aussi pourquoi si peu d’orchestres d’aujourd’hui ne visitent-ils pas plus ce style rythmique, enjoué et en un mot dansant ? Mystère.
17 juin 2007
Baile del caño
- l'influence de la TV est nocive pour le nouveau festival de Tango
(Allusion au programme de télévision Bailando por un sueño de Marcelo Tinelli qui cartonne ici.
Les danseurs y pratiquent la "danse de la barre" et c'est chaud)
13 juin 2007
La marmelade des corps
La danse contact est une discipline d’improvisation corporelle à deux ou plus. Il n’y a pas de règles particulières à ce jeu autres que celles qu’emmènent tel ou tel corps et qui fonctionnent, c’est-à-dire qui maintiennent le contact. Celui s’entend à un niveau perceptif et donc n’est pas prisonnier de tel ou tel mouvement mais plutôt d’une manière de dialoguer avec l’autre, que ce soit avec le petit doigt ou en pesant de tout son poids. Les ponts avec le tango sont évidents : écoute, proposition, harmonie … Les Jams sont des regroupements de danseurs sur un parquet de studio de danse. Les groupuscules se font et se défont au rythme de l’envie et de l’intérêt de la rencontre. Le silence de la Jam est rythmé par le crissement des corps sur le sol, le halètement des danseurs et certains qui s’animent à chanter ou à bourdonner. L’expérience est intense mais autant le dire tout de suite est réservée à ceux qui possèdent une grande liberté du corps et de l’esprit. Ou qui désire entrebâiller cet espace là. Et puis c’est en soit un spectacle époustouflant. Les corps s’unissent et se repoussent de manière organique en n’obéissant qu’à leur propre loi. Rien ne peut dire lorsque ça va commencer et si ça va s’interrompre, si le groupe va se disloquer ou incorporer de nouvelles cellules. Le tout dans un silence de cathédrale.
Jams de Contact
Espacio Corpo
Paraguay 4694
Jueves 22 hs y Domingos 21 hs
Contribución $5
08 juin 2007
Le retour des zombies

"rejoins-moi en enfer, mais n'oublie pas ta carte bleue"
En promenant sur Corrientes, j’ai été frappé par l’affiche d’Alice Cooper. Du rimmel liquide coulait le long du vieux parchemin torturé de sa joue. Il portait un accoutrement d’ado bien répandu ici, fait de quincaillerie sataniste et de pantalons de cuir moulant. Ça en aurait été vraiment pitoyable si ce n’avait pas été si marrant. Le gus avait l’habitude de danser avec des vrais serpents et de se guillotiner chaque soir sur scène, aujourd’hui, il est fervent évangéliste et il a écrit une autobiographie dans laquelle il confesse son addiction …au golf.
Ce qui frappe à Buenos Aires, c’est la quantité impressionnante de vieux croûtons dont les mega shows viennent grappiller quelques pesos dans les plus vastes lieux de la ville : la cancha de River, le Luna Park, le théâtre Rex. Je ne sais pas si c’est un effet avant coureur du papy boom, si les sexagénaires (ou sexe-agénaires pour certains) ont besoin de payer les pensions alimentaires de leur nombreuse descendances illégitimes, si il leur faut financer leur longue cure de désintoxication ou au contraire s’il ont besoin de plus d’oseille pour se procurer les stupéfiants qui les feront tenir debout. Je ne sais pas non plus si c’est un phénomène mondial, mais la liste des revenants est longue : les Stones (qui trimbalent avec eux maintenant une véritable unité gériatrique ambulante au cas…), Pink Floyd (qui à force de s’épurer sont réduit à 1 : Roger Waters), Les pets shop boys (qui ressemblent de plus en plus à leur mère), Jethro Tull (qui ont eu la décence de remplacer leur photo par un logo sur les affiches), Les Beatles (oui enfin un groupe de sosies avec des têtes moyennement ressemblantes mais de toutes façons, les plus jeunes ne les ont pas connus et les autres sucrent les fraises), Kiss (là encore des clones, mais le maquillage aidant les remplaçants sont franchement très peu ressemblant), Iggy Pop (qui se transforme insensiblement en un vrai iguane), Les Buzzcocks (qui eux aussi ont de lourdes factures d’électricité à payer)…
Oui vous me direz que c’est en étant sourd comme pot, que l’on fait les meilleures soupes et que dans les milongas, les nonagénaires (qui font du vieux avec du 9) ne sont pas les plus manchots, tout de même : où est passé la talentueuse jeunesse argentine ?
07 juin 2007
l'INDEC à l'index
- Nous avons deux enquêtes qui coincident. L'INDEC dit que l'inflation a été de 0,4 %
- Incroyable ! Et avec laquelle elle coincide ?
- Avec celle de la crédibilité. 0,4 % des gens y ont cru !
L’I.N.D.E.C. (Instituto Nacional de Estadística y Censos) est l’organisme officiel argentin chargé de mesurer par des méthodes statistiques l’activité du pays. Il fournit à peu près toutes les données macro de l’Argentine. Or depuis quelques temps, et après plusieurs scandales, son indice de confiance est au plus bas. Il est devenu de plus en plus évident que les chiffres sont manipulés, notamment celui de l’inflation outrageusement sous-évalué pour la plupart des observateurs.
Cela peut sembler une manière puérile d’agir. Mais il se trouve que l’enjeu est extrêmement important pour l’Argentine. L’inflation se trouve au centre d’un nœud extrêmement complexe qui met en jeu les grands pôles économiques du pays. Par ailleurs, elle porte l’ombre d’une période d’hyper-inflation (année 80) de sinistre mémoire.
Evidemment il s’agit là d’un débat d’expert, très pointus et donnant lieu à des querelles de chiffres sans fin. Mais enfin, voici quelques faits et puis, si on ne devait jamais s’occuper de ce qui nous dépasse, la vie serait bien triste.
- l’inflation a été mesurée par l’indec pour l’année 2006 à 9,8 %.
- Ce chiffre est obtenu en sélectionnant un panier de produits de base sur lesquels le gouvernement a passé des accords avec les producteurs et distributeurs. Ainsi, on ne peut rien dire des prix en dehors de ce panier.
- La inflation mesurée par d’autres observateurs (medias par exemple) est autour de 20 %.
- L’inflation est liée à la politique du dollar fort qu’impose Kirchner. En effet pour maintenir, le dollar haut, la Banque centrale Argentine achète tous les jours des millions de dollars (la réserve totale actuelle est de 41 000 millions de dollars) et pour cela imprime des pesos. Le volume global de peso augmentant, la valeur intrinsèque du peso diminue et les prix augmentent.
- L’état a grand intérêt à faire croire à une inflation basse.
D’une part parce que l’inflation est un des critères importants qui mesure le « risque du pays ». Un risque faible entraîne des investissements importants. Et un retrait massif de l’argent étranger conduirait quasi inexorablement à une nouvelle crise.
D’autre part, parce qu’une grande partie de la dette Argentine est constituée de bons indexés sur l’inflation (50 000 millions de dollars). Or un point d’inflation correspond à 500 millions de dollars à payer aux investisseurs en plus. Argent qui sort là encore avec des pesos de la planche à billet.
- Du point de vue des salariés. Si l’inflation est sous-évaluée, les entreprises revalorisent moins les salaires et l’économie globale fonctionne mieux (au vue de critère macro). Par contre les salariés eux se paupérisent et du coup ils consomment moins.
Enfin, ¡ qué sé yo ! Tout cela est bien compliqué, mais il faut bien avoir des arguments pour nourrir une bonne discussion polémique… dans une milonga par exemple.
05 juin 2007
Crêve Coeur
La milonga est un tourbillon qui accélère le temps et exacerbe les émotions. On y danse tellement que l'on regrette de ne pas plus y parler. Et ceux qui s'en vont le font toujours trop tôt. Il reste des émotions qui ont pris la forme d'un abrazo intensément partagé de quelques mots sur tout et rien, de marches dans le décor de cinéma de la ville. C'est fou comme ça passe vite une semaine avec des escarpins. Peggy s'est envolée vers San Francisco. Adios...
02 juin 2007
El Cambiazo
Miriam et Flor ouvrent une nouvelle pratique alternative dont l'idée originale est le changement de rôle et les échanges que cela peut apporter. Le lieu, La Ratonera (la souricière) est coolissime et très "relâché", la musique va avec. Le concept est excellent car c'est une manière d'ajuster le guidage qui est un des grand problème du danseur. Et puis pour les garçons, avoir ce privilège de ne plus penser à rien sinon à ressentir, et de recevoir, pourquoi pas, quelques piropos bon marché. Il reste à modifier les mentalités : il y a un gros boulot à faire du côté des machos argentins !
El Cambiazo
Corrientes 5552
Subte Malabia -Ligne B
Samedi de 17 à 20 H



