A première vue, il m’était apparu que Buenos Aires avait bien changé hormis le tango. Depuis 1 an et demi, les mêmes lieux, les mêmes danseurs, la même danse avec un soupçon de  technicité en plus. Mais hier soir, le spectacle de la practica X m’a donné à réfléchir.

Premièrement, la pratique a déménagé dans la rue Humbold 1464 bien dans la mouvance  Palermo Hollywood c’est-à-dire flashy et démesurée : un parallélépipède de béton gris agrémenté d’effet permanent de lumière avec la puissance d’une sono de boîte et l’air conditionné. Ce changement n’est pas anodin.

Cette pratique, laboratoire avancé de la recherche en tango est née dans l’Abasto, le vieux quartier du marché où se côtoie la pauvreté latente de la ville et la récupération mercantile des symboles du passé (Gardel y passa son enfance selon la mythologie traditionnelle). Le néo tango (les termes me manquent pour évoquer la mouvance qui prolonge le tango nuevo) y a fait ses premières dents. A l’époque la pratique empruntait ses mètres carrés à je ne sais quel syndicat de la ville. Des armoires pleines de dossiers poussiéreux toisaient sentencieusement les quelques hurluberlus qui avaient choisi la voie de la figure contre celle de l’abrazo apilado (bien collé).
Il faut dire qu’à l’époque, ce neo tango paraissaient une dégénérescence transitoire, voué à une disparition rapide et à l’engouement de quelques européens mal renseignés en opposition au vrai tango de Buenos Aires censé s’être toujours dansé dans un abrazo fermé.

Mais peu à peu la tendance s’est inversé. Le succès incroyable de la practica X en est la preuve par 9. Hier soir,  le niveau de danse de la pratique était stratosphérique. Les festivals de tango s’enchaînent aux mois de février et mars et tous les gros bras sont là sans compter tous les meilleurs profs de la planète ou presque. (Mention spéciale pour le Adrian Veredice et pour Alberto et Mariela qui m’ont beaucoup ému). Au final, un grand plaisir.

Ce déploiement massif de technicité est bien la preuve que cette branche de l’arbre tango est en pleine floraison. Comme un big bang initié par Gustavo Naveira et Cie, l’univers de ce néo tango s’étend et s’accélère toujours plus.  Les étoiles se multiplient attirant dans leur orbite à chaque fois plus de planètes et de satellites.

Au début je me suis dit,  soit le monde entier a terriblement progressé, soit j’ai régressé ! Mais comme j’avais le sentiment d’avoir progressé, c’est que tout à progressé mais avec une vitesse supérieure pour les composants les plus avancés, ceux qui tirent les autres. Un vrai Big Bang quoi !