14 février 2009
Massacres de la Saint-Valentin
La Saint Valentin s’associe à deux massacres de l’histoire.
Celui en 1929 commandité par Al Capone et exécuté par Jack McGurn dit La Sulfateuse sur le gang des irlandais à Chicago.
Celui en 1349 où, en Alsace, des centaines de juifs furent brûlés vifs à l’époque de la peste noire.
La magie du marketing et la nécessité de trouver des dates favorables dans un calendrier chargé en ont inversé la mémoire.
Mais en guise de souvenir taquin El Clarín dans son supplément Día de los enamorados publie les messages les plus assassins que des amoureux puissent s’échanger.
En voici un florilège :
Me decías mi angelito. Despues me enteré que los ángeles no tenian sexo.
Tu m'appelais mon petit ange. Après je me suis rendu compte que les anges n'avaient pas de sexe.
Con los preservativos que no usamos le hice el cumple a mi sobrino, gracias !
Avec les préservatifs que nous n'avons pas utilisés, j'ai fait un cadeau d'anniversaire à mon neuveu. Merci !
Ahora a tus pechitos nuevos sólo los disfruto por FaceBook ¡ Maldición !
Maintenant tes nouveaux petits seins, j'en profite uniquement sur FaceBook. Malédiction !
Sos menos estimulante que hacer un electroshock con una pila de reloj.
Tu es moins stimulante que de faire un électrochoc avec une pile de montre.
Siempre supe que iba a ser mi mejor Ex.
J'ai toujours su que tu serais ma meilleure ex.
Te admiro por dejarme, yo hubiera hecho lo mismo.
Je t'admire de m'avoir quitté. J'aurais fait pareil.
No sos renga, vivis bailando.
Tu n'es pas boiteuse, tu vis en dansant.
Hasta mi psícóloga hace terapia por tu culpa.
Même ma psychologue fait une thérapie par ta faute.
Ahora entiendo porque los huracanes tienen nombres de mujer.
Maintenant je comprends pourquoi les ouragans ont des noms de femme.
11 février 2009
Eloge de la paresse
Hoy no he hecho nada. Aujourd'hui, je n'ai rien fait.
Pero muchas cosas se hicieron en mí. Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Pájros que no existen Des oiseaux qui n'existent pas
encontraron su nido. ont trouvé leur nid.
Sombras que tal vez existan Des ombres qui existent peut-être
hallaron sus cuerpos. ont trouvé leurs corps.
Palabras que existen Des paroles qui existent
recobraron su silencio ont recouvré leur silence.
No hacer nada Ne rien faire
salva a veces el equilibrio del mundo, sauve parfois l'équilibre du monde,
al lograr que también algo pese obtenant que quelque chose aussi pèse
en el platillo vacío de la balanza. sur le plateau vide de la balance.
Roberto Juarroz (poète Argentin 1925 - 1995)
extrait de "Decimotercera poesía vertical" (Treizième poèsie verticale)
10 février 2009
Anciens et Modernes
Ma propre réponse à l’intéressante question de Leo sur la practica X m’avait laissé insatisfait !
Leo faisait remarquer que les danseurs des nouvelles tendances du tango dansaient plus proches qu’avant.
Je lui avais répondu qu’au fond ça n’avait pas beaucoup changé sauf que les danseurs modernes ont plus de technique et plus de souplesse.
En relisant, l’interview de Pablo et en la dégraissant de ses éléments narcissiques (mais après tout lorsqu’on est un des meilleurs danseurs du monde …), il me semble que l’on passe peut-être à côté de la vrai problématique.
Celle-ci pourrait bien s’incarner dans la vieille opposition entre classiques et modernes sauf que le cycle s’est terriblement raccourci et que les modernes d’il y a quelques années jouent le rôle des classiques d’aujourd’hui.
Les classiques reprochent aux modernes la perte de la part sacré par excès de dilution.
Les modernes reprochent aux classiques leur trop grand respect de la part sacré qui conduit à la fossilisation.
Si on peut la nommer ainsi, la part sacré est au cœur de cette danza maligna, cet Indéfinissable après quoi courent tous les mots sans jamais le rattraper. Comme le goût d’un fruit ou l’amour véritable, il est reconnu immédiatement sans la possibilité d’aucune définition universelle.
Modernes hier face aux tenant du tango pegadito (collé), devenus Anciens aujourd’hui face aux tenant du tango fusion, les Maestros qui « savaient marcher » et « donner du poids à ce qu’il dansait » font office de gardien du temple.
Quant à la proximité, elle est aujourd’hui entrée dans le codex grâce sans doute aux anciens Anciens, les milongueros aux gros ventres qui finalement auront fait avancer le train plus qu’on ne l’imagine.
08 février 2009
Bouquinistes
Le chineur de vieux livres, de magazines rares ou de 33 T de tango décrépis est bien souvent la proie des marchés pour touristes comme celui de San Telmo qui est maintenant un disney world tanguero.
Voici deux adresses bien moins fréquentées :
- Sante Fe vers les 4000 ( à hauteur de la place Italia)
- Rivadavia vers les 5000 (auteur du Parc Rivadavia)
Ce dernier est de loin le plus grand.
07 février 2009
Pablo Verón revient et... il n'est pas content.
Je me permets de pirater l'interview de el tangauta dont j'ai fait un Pdf car je sais que les liens sur internet ont la vie courte.
Interview de Pablo Verón par Carlos Bevilacqua
Je conseille sa lecture à tous les danseurs car d'accord ou pas, la parole de ceux qui parlent d'une telle hauteur est toujours la bienvenue.
Je n'ai pas le coeur de la traduire in extenso car elle est vraiment longue mais pour résumer : après avoir retracer sa carrière, Pablo s'en prend aux dérives de la mouvance actuelle qui avance en oubliant ses racines et produit un tango vide de sens. Il y déplore le lien perdu avec le vrai tango et l'expansion de sa marchandisation. D'un point de vue plus technique, il fustige les visions géométriques de l'enseignement au détriment de la qualité du mouvement et de la spontaneïté.
04 février 2009
Big Bang
A première vue, il m’était apparu que Buenos Aires avait bien changé hormis le tango. Depuis 1 an et demi, les mêmes lieux, les mêmes danseurs, la même danse avec un soupçon de technicité en plus. Mais hier soir, le spectacle de la practica X m’a donné à réfléchir.
Premièrement, la pratique a déménagé dans la rue Humbold 1464 bien dans la mouvance Palermo Hollywood c’est-à-dire flashy et démesurée : un parallélépipède de béton gris agrémenté d’effet permanent de lumière avec la puissance d’une sono de boîte et l’air conditionné. Ce changement n’est pas anodin.
Cette pratique, laboratoire avancé de la recherche en tango est née dans l’Abasto, le vieux quartier du marché où se côtoie la pauvreté latente de la ville et la récupération mercantile des symboles du passé (Gardel y passa son enfance selon la mythologie traditionnelle). Le néo tango (les termes me manquent pour évoquer la mouvance qui prolonge le tango nuevo) y a fait ses premières dents. A l’époque la pratique empruntait ses mètres carrés à je ne sais quel syndicat de la ville. Des armoires pleines de dossiers poussiéreux toisaient sentencieusement les quelques hurluberlus qui avaient choisi la voie de la figure contre celle de l’abrazo apilado (bien collé).
Il faut dire qu’à l’époque, ce neo tango paraissaient une dégénérescence transitoire, voué à une disparition rapide et à l’engouement de quelques européens mal renseignés en opposition au vrai tango de Buenos Aires censé s’être toujours dansé dans un abrazo fermé.
Mais peu à peu la tendance s’est inversé. Le succès incroyable de la practica X en est la preuve par 9. Hier soir, le niveau de danse de la pratique était stratosphérique. Les festivals de tango s’enchaînent aux mois de février et mars et tous les gros bras sont là sans compter tous les meilleurs profs de la planète ou presque. (Mention spéciale pour le Adrian Veredice et pour Alberto et Mariela qui m’ont beaucoup ému). Au final, un grand plaisir.
Ce déploiement massif de technicité est bien la preuve que cette branche de l’arbre tango est en pleine floraison. Comme un big bang initié par Gustavo Naveira et Cie, l’univers de ce néo tango s’étend et s’accélère toujours plus. Les étoiles se multiplient attirant dans leur orbite à chaque fois plus de planètes et de satellites.
Au début je me suis dit, soit le monde entier a terriblement progressé, soit j’ai régressé ! Mais comme j’avais le sentiment d’avoir progressé, c’est que tout à progressé mais avec une vitesse supérieure pour les composants les plus avancés, ceux qui tirent les autres. Un vrai Big Bang quoi !
03 février 2009
Lo de siempre
- Selon les informations, Pour le reste du monde cette
crise est pire que celle des années 30.
- Et nous ?
- Nous, nous sommes toujours dans celle des années 30
02 février 2009
Quand le carrosse se transforme en citrouille
- Tu as vu qu'aux Etats Unis, ils célèbrent Halloween ?
- Bon, ici aussi ... On te donne le prix de la citrouille
et ça te dresse les cheveux sur la tête !
... En attendant une étude plus approfondie de la situation ...
01 février 2009
Le Tango du Scorpion
Quelques exemplaires de scorpions

Tout petit mais Version 160 Chevaux Version 2 chevaux
déjà teigneux

Version 1 Cheval Le terrible piment scorpion Version Rock Verveine
du Gratemoilaenbadanldo pour les plus romantiques

Version subacquatique Version Ciné fille Version Ciné gars
Je suis scorpion ascendant scorpion. Le jour de l’an, en Italie, un type m’a dit que cette année pour les scorpions, les astrologues sont formel : c’est “ tutto per il sesso ˮ. Pour l’instant disons que bof… mes doutes sur l’astrologie sont confirmés…
Mais revenons à nos scorpions. Franchement lorsqu’on s’intéresse de plus près à la vie de cette bestiole, ça ne fait pas rigoler d’en être un.
Le scorpion est un animal tellement incroyable que les aspects les plus horribles de ses coutumes inspirent un je-ne-sais-quoi de fascination.
Le scorpion est l’incarnation de la méchanceté pure selon les Chinois (qui s’y connaissent).
Il pratique un cannibalisme “agressif ˮ : un quart de sa nourriture provient de ses voisins, de son compagnon ou de ses propres petits. Dans les zones où coexistent plusieurs espèces, les doyens du clan le plus faible mangent les petits de l’autre clan pendant que les adultes les plus faibles de son clan sont boulottés par ceux de l’autre. Les adultes d’un même clan eux se dévorent en permanence pour établir leur domination.
Il fait partie des premiers organismes à s’être extrait de l’eau, voici 450 millions d’années. Depuis, il s’est diversifiés à l’extrême pour s’adapter à pratiquement toutes les conditions possibles : une espèce a colonisés les pentes de l’Himalaya à plus de 5000 m d’altitude, une autre la savane saharienne, une autre encore les abysses de la terre à plus de 800 m de profondeur. Il en existe de minuscules qui s’enfouissent dans les craquelures des ananas.
Le scorpion a une espérance de vie de 25 ans et plus, ce qui est étonnamment long pour un insecte de petite taille. Cela est dû à son métabolisme ultra lent qui peut s’adapter à toutes les conditions y compris les plus extrêmes de chaleur et de froid. Il peut rester plus de 12 mois sans s’alimenter (tiens ! comme mon blog) ni boire. Sa carapace se recouvre d’une cire qui retient hermétiquement dans ses tissus l’eau qu’i l contient. Même son urine est évacuée sous forme de poudre.
Autre étonnement, la gestation d’un an et demi du scorpion est la plus longue de tous les animaux (à part l’éléphant). La maturité, elle, arrive seulement après 7 ans.
Le scorpion est un animal extrêmement sensible non pas aux telenovelas, ni aux caresses mais aux vibrations et au mouvement des étoiles qui l’aident à se repérer comme un astrolabe.
Ce n’est pas son hostilité aiguë envers les membres de son espèce qui le rapproche du tanguero, ni son goût pour la nuit, mais plutôt le déroulement du rituel de l’accouplement qui s’apparente à un surprenant tango féroce.
Le scorpion a besoin d’un ustensile pour se reproduire. Il ne s’agit pas de l’excellente version de Poema de Canaro nappée de la voix de velours de Roberto Maida mais d’une petite brindille. Il l’enduit de sperme puis la positionne dans un endroit repéré grâce aux étoiles (tout en fredonnant Bajo un cielo de estrellas avec Alberto Podestá).
Ensuite il empoigne sa partenaire. Autant dire que l’abrazo est du type fermé. La femelle mets à l’épreuve la force du mâle. S’ensuit une série de marches avant et arrière, de corridas et de volcadas musclées où elle se fait piquer violemment par quelques ganchos assassins. Elle endure le tout par nécessité créatrice et pour éprouver la vigueur de son partenaire. Il ne faut pas croire que l’enjeu du mâle consiste à sortir de la milonga avec la femelle pour lui proposer un café. Pas du tout. Son but est d’arriver à placer la femelle au dessus de la brindille car une fois bien positionnée, un réflexe vital lui fera aspirer la semence.
Le reste est (encore) moins romantique. Bien souvent le mâle se fait dévorer juste après l’acte et pas uniquement à coup de bisous. Quand à ceux qui en réchappent, ce sont ceux qui juste après l’accouplement ont réussi à fuir assez rapidement !
Source : Eloge de la bête de Natalie Angier, Arlea 2005
PS : Dans l’excellent film Mr Arkadin d’Orson Welles, Celui-ci raconte l’histoire de La Grenouille et du Scorpion. Elle donnera pas mal à réfléchir aux scorpions qui me lisent.


