Chez nous, qui sommes un peuple rationnel, la politique est organisée en un éventail bien ordonné qui va du rouge sang des extrémistes de gauche jusqu’au marron foncé des partis nazionalistes.
Jusqu’à présent, chacun était resté dans ses limites idéologiques et dans ses habitus de classe. La totalité de la structure était définie par un équilibre de forces opposées dont les variations d’intensité déforment lentement les contours. Apparemment des malins essaient, aujourd’hui de bousculer les règles de ce jeu. Ils empiètent les limites des autres, créant ainsi un territoire mouvant bien plus difficile à définir et donc à combattre. La troisième voie de Blair et Clinton en quelque sorte dont on ne saurait plus désormais dire de quelle couleur leurs idées sont parées.
Ce jeu rationaliste n’est pas celui pratiqué en Argentine, loin de là. Ici, le gros de la politique est fait par des populistes qui pavoisent des idées généreuses et sociales et engrangent des devises néo-libérales. Ils mettent de l’argent pris de la main droite dans la poche intérieure de gauche, celle qui est la plus proche du cœur.
Aussi, pour nous Européens, la classification politique est déroutante. Il apparaît dans sur le terrain politique, l’expression du génie du peuple argentin qui est profondément irrationnel, paradoxal, énergique et doté d’une volonté hors norme de toujours se présenter sous le meilleur jour. D’ailleurs, ces traits de caractère apparaissent de manière éclatante sur un autre terrain, celui des parties du football argentin : un déluge d’énergie débridée et désorganisée illuminé par des éclairs d’exploits individuels.
La politique est le miroir d’un peuple. A ce titre, la campagne pour l’investiture du gouverneur de Buenos Aires présente beaucoup d’intérêts. Autant le dire tout de suite, il est absolument impossible de se repérer avec le nom des partis qui ressemblent plus à des slogans publicitaires, qu’à des groupuscules idéologiques : Más Buenos Aires (plus de buenos Aires), Propuesta republicana (proposition républicaine), movimiento por Buenos Aires (mouvement vers Buenos Aires), Frente para la victoria (Front pour la victoire) ! etc.. il y en a plus de 10.
Ce que l’on appelle chez nous (assez pompeusement, il faut bien le dire, au vu des résultats) le « débat démocratique », montre ici une bataille féroce qui s’apparente à de la publicité comparative destroy où tous les coups bas sont permis. Les affiches qui dénoncent l’incurie du voisin sont plus nombreuses que celles qui tentent d’offrir comme partout un visage glamour retouché sous photoshop. Les clapotis de la mare aux canards éclaboussent tout le monde laissant une amertume bien portègne de corruption généralisée sans issue.
Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent et c’est particulièrement vrai ici. Les problèmes de la ville sont pourtant bien réels :

-    Le problème de la collecte des ordures qui aujourd’hui alimente les cartoneros et dont la destination finale reste incertaine dû au manque de retraitement des déchets.
-    La crise du logement, avec des loyers qui asphyxient la classe moyenne et un surdéveloppement anarchique dans les quartiers les plus prisés mettant en panne les infrastructure : eau, électricité, voierie. D’autre part des bidons ville au sein de la cité que l’on appelle ici des Villas, débordent dans l’espace urbain.
-    Le transport dans la ville. Le métro, largement insuffisant n’a pas été amélioré depuis des lustres et le service des collectivos arrive à saturation, malgré le besoin de plus en plus impérieux de renouveler et d’améliorer le parc des autocars.
-    La sécurité. Bien qu’elle soit aujourd’hui à un niveau raisonnable, elle est exacerbée comme partout par la sur-médiatisation et l’industrie télévisuelle de la peur.
-    Les problèmes lourds d’infrastructure : Lutte contre les inondations, assainissement du Riachuelo, voieries en panne d’asphalte, service électrique en surcharge.

Les prochaines élections sont dans quinze jours et le paysage politique est le suivant :

2007_05_20_campana
Macri est le leader de la droite libérale. Patron de l’équipe de foot de Boca junior et libéral assumé. Il est favori.
Filmus est le « candidat K » c'est-à-dire celui du gouvernement de Kirchner dont le gouvernement est en ce moment taché par les scandales de corruption comme l’affaire Skanska qui apparemment touche beaucoup de monde.
Telerman, qui est au pouvoir actuellement, est l’élu socialiste qui a pris la place d’Ibarra, après sa destitution impulsée par l’affaire Cromañon (la mort de 200 adolescents dans l’incendie d’un boliche lors d’un concert)

Divers autres aux noms de parti ésotérique...

Le pouvoir de Kirchner, l'actuel chef du gouvernement Argentin, s'étend chaque fois plus et son solide bilan économique éclipse pour l'instant les magouilles financières et sa boulimie brutale de pouvoir. Jusqu'à présent le partage des pouvoir n'avait pas convergé vers une synergie mais vers une empoignade musclée.
Faudra-t-il choisir entre un partage de pouvoir équilibrant les forces politiques mais dérivant vers la bataille rangée, ou "le tout K" (tous les pouvoirs pour Kirchner) avec le danger de ses errements hégémoniques ?